Un nouveau lien

Posted: 3rd February 2013 by desfel in Falsetto FR
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« Ça me ferait plaisir. »

Tout est si sombre, je ne vois rien… Où suis-je? Malgré le fait que je me casse les méninges, je n’arrive pas à deviner l’endroit où je me retrouve présentement… Il fait si noir, je ne vois rien. Je tourne ma tête à gauche, rien. Je tourne ma tête à droite, rien… Je dois prendre le risque, je fais un pas un avant, une deuxième, une troisième et à ma quatrième, une lumière éblouissante s’allume devant moi.

Au bout de cette lumière, je vois quelqu’un de très petite taille… Je m’approche un peu et je remarque que c’est une petite fille. Elle porte une robe rouge du style victorien et porte sur ses longs cheveux blonds, un chapeau qui complète sa tenue. Elle ressemble à une poupée… J’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part, mais où? J’essaie de parler, mais aucun mot ne sort de ma bouche…

Elle s’approche tranquillement vers moi et elle me dit avec une voix douce et calme :

« Papa… Papa! Papa!! »

Papa? Moi? Comment est-ce possible? Alors que ces questions tournoyaient dans ma tête, la petite poupée sauta sur moi et me donna un câlin.  Les prochaines paroles qui sortirent de ses petites lèvres furent la réponse à mes questions, comme si elle avait lu dans mes pensées…

«   Tu n’as pas à te poser ces questions tout de suite papa! La réponse viendra un jour! Hehe. »

Je ne sais pas ce qu’elle a de magique, mais son petit rire m’a tout de suite calmé et sans même réfléchir, j’avais enlacé mes bras autour d’elle. Contente de mon geste, elle reposa sa tête sur ma poitrine et continua à parler.

« Quelque chose de bien va bientôt arriver papa! C’est pour ça que je suis ici, tu peux compter sur moi pour te guider papa! Par contre, tu dois retourner, c’est encore trop tôt pour que l’on se voit… »

Elle se dégagea de mes bras et me regarda dans les yeux. Ses yeux étaient remplis d’amour, mais aussi de tristesses. Que veut-elle dire par « Tu dois retourner » ? Alors que je me posais cette question, je sentis une force puissante qui me poussa vers le vide derrière moi. C’était la petite fille qui m’a poussé… Je ne pouvais pas détacher mes yeux d’elle et alors que je tombais… Je voyais des larmes qui tombaient à mes côtés…

~~~~~~~~~

*Beep, beep, beep, beep*

Je me levai soudainement et je fixe le mur devant moi avec les yeux à moitié fermés. Ce n’était qu’un rêve. Je lâchai un soupire. C’était un rêve très bizarre…

*Beep, beep, bee—-*

Je frappai violemment le réveille-matin et il se tut immédiatement. Il est temps d’aller à l’école, ce n’était qu’un rêve, cela ne me sert point d’y réfléchir longtemps.

~~~~~~~~~

Le prof de mathématiques semble être absent aujourd’hui, alors les étudiants doivent prendre ce temps pour étudier la matière qui a été donnée la semaine passée. Mais comme d’habitude, vu qu’il n’y a pas de surveillant dans la classe, ils sont tous réunis en groupe en train de discuter de sujets différents : d’autres parlent des musiques récentes, d’autres de sports, d’autres de vêtements, etc.

Je dis ça, mais normalement, je serai en train de discuter avec Antonio des mêmes sujets en ce moment, mais vu qu’il est parti aux toilettes, je suis seul à mon bureau à observer ce qui se passe à l’extérieur. Malgré que le mois de janvier est presque terminé, il fait toujours très froid dehors, alors les cours d’éducation physique sont donnés à l’intérieur, c’est pour ça qu’il n’y a personne à l’extérieur et pourquoi il y a autant de monde à l’intérieur.

Ça me rappelle le café Seaside d’où l’extérieur donne l’impression que ce n’est pas très populaire comme endroit, mais rendu à l’intérieur, les serveuses courent de partout, on aurait dit qu’elles sont omniprésentes!

Je me demande comment va Anna, la dernière fois que j’ai passée devant le café, elle était dehors dans le froid en train de nettoyer la terrasse, soi-disant que le propriétaire voulait être prêt pour le printemps. Je n’ai pas trop compris ce qu’elle voulait dire par là, mais je n’y prêtais pas trop d’attention non plus. Elle m’a invité à boire du café avec elle, mais j’ai refusé, car j’étais déjà occupé. Elle avait l’air triste, mais elle a finalement souri et me dit que l’on devrait revenir bientôt.

Effectivement, ça fait déjà une semaine et quelques jours depuis notre première visite chez Seaside. Alors que je me rappelais de ce petit événement avec Anna, une voix remplie d’énergie me réveilla :

« Tu as l’air vraiment perdu dans tes pensées! À quoi ou plutôt, à qui pensais-tu comme ça? À Anna hein hehe!! »

C’était Antonio, il n’a pas pu choisir un meilleur moment pour revenir. Je lâchai un soupir.

« Non. Pas vraiment. Je me disais que l’on devrait peut-être retourner au café? »

Antonio esquissa un sourire sournois, comme s’il était fier de quelque chose.

« C’est ce que je pensais! Pourquoi pas? Je n’ai rien de prévu après les cours. »

Je crois qu’il se fait encore des idées lui…

~~~~~~~~~

Nous revoilà devant le café. Je jette un coup d’œil sur la partie de la terrasse d’où Anna avait fait le ménage la dernière fois que je l’ai vu. Comme il ne reste plus beaucoup de neiges dehors, elle a sorti les tables et les chaises, mais un petit panneau avec un gros « X » indique aux clients que la terrasse n’est pas encore accessible. Ce n’est pas un grand exploit, mais je peux quand même dire chapeau, elle était toute seule et vu sa carrure, ça devait être très rigoureux comme boulot. Je me rappelais de la scène et je me suis mis à glousser.

Une sonnerie de téléphone me ramena au monde présent, c’était le cellulaire à Antonio. Il le sortit de ses poches et répondit. D’après ce que j’ai compris, ça doit être un membre de sa famille. Ayant terminé son appel, il rangea son appareil dans ses poches et se retourna vers moi.

« Je suis vraiment navré Félix!! Je dois rentrer chez moi et m’occuper de mes chiens. Mes parents et mon petit frère ne sont pas à la maison. »

« Ah non, ça va, tu n’as pas à t’excuser. »

« Prends cette chance pour te rapprocher d’Anna! Salut! »

Il s’excusa une dernière fois avant de partir en courant et me voilà seul, devant le café. Je peux faire comme toutes les fois que je passe devant ici, c’est-à-dire, rentrer chez moi direct. Mais tant qu’à être ici…

Alors que je m’apprêtais à mettre ma main sur la poignée de porte, celle-ci s’ouvra toute seule, et comme elle s’ouvre vers l’extérieur, j’ai dû me reculer un peu.

« Ah! »

Une voix féminine retentit dans les airs, c’était celui d’Anna.

« Huummm… Tu vas encore passer devant sans rentrer? »

Pris par surprise, je ne savais pas trop quoi dire, mais le rire d’Anna m’a aidé à reprendre mes esprits.

« Non, j’allais justement rentrer, mais tu as passé proche de me fracasser le nez alors… »

« Ah, c’est de ta faute, j’avais vu une silhouette dehors et le patron m’a dit d’aller voir si c’était la livraison que l’on attendait! Tu n’avais qu’à rentrer et non glander devant la porte hein! Hmph!! »

Je n’ai pu m’empêcher de rire de sa soudaine explosion de colère. Elle se retourna et rentra dans le café et je fis de même. Elle m’assigna à une table, prit ma commande et elle s’est assise avec moi et on a discuté. Je lui ai dit que j’étais un étudiant au collège Solfège et que j’étudiais pour devenir un grand musicien. Elle était vraiment fascinée par mon histoire et me posait toute sorte de questions sur la musique.

Ensuite, elle a commencé à me parler d’elle. Elle a lâché l’école, car elle n’avait pas les moyens pour payer les frais de scolarité, mais que malgré cela, elle a continué à étudier chez elle. Elle adorait surtout étudier les langages. Ce qui m’a surpris, c’est que son emploi principal n’était pas être serveuse chez Seaside, mais d’être une interprète dans une firme assez reconnue. Elle est serveuse au café, car l’entreprise qu’elle travaille pour n’a pas assez de contrats en ce moment pour elle, mais qu’elle pourrait y retourner bientôt.

Notre conversation fût interrompue par le chef qui a appelé Anna pour lui dire que ma commande était prête.  Alors qu’elle s’apprêtait à venir me porter ma commande, elle se fit arrêter par un jeune qui a à peu près la même taille que moi, mais il avait l’air plus costaud.

« Hey la petite, tu es pas mal mignonne! »

Anna restait silencieuse par rapport à son compliment, sûrement dû au fait qu’il l’avait dit avec un ton assez répugnant. L’attitude d’Anna ne l’a pas empêché de s’arrêter :

« Pourquoi es-tu si silencieuse? Pourtant tu parlais beaucoup avec l’autre taré là-bas! »

Eh… Selon lui, je suis un taré… Ça ne me dérange pas trop, mais ce n’est pas très gentil ce qu’il vient de dire… Voyant que j’étais perturbé par sa remarque, Anna se retourna vers lui :

« Félix n’est pas un taré! C’est toi le taré! »

… Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’Anna me défende. Le jeune rebelle n’a pas laissé la remarque à la petite serveuse passée :

« Tu m’as dit quoi? Ta mère t’as mal élevée ou quoi? »

Anna s’est soudainement figée et est restée silencieuse.

« Alors? Ta mère, elle t’a mal élevée ou non? Tu n’es pas censé me donner tes excuses? »

Anna tremble un peu et dit avec une petite voix frêle :

« Ma… mère et morte… Et… Et… pu…puis… Je n’ai pas d’excuse à te donner…! »

J’étais choqué par ce qu’elle venait de dire et j’admirais aussi comment elle restait forte devant son adversaire. Par contre, le délinquant n’a pas hésité une seconde à rajouter du sel sur la plaie.

« Et alors? Ça change quoi à ta réponse? »

Je n’en peux plus, frustré et irrité par son attitude, je me lève et je me mets devant Anna. Je l’observe et je remarque ses cheveux bruns vraiment crades, la blessure sur sa joue gauche et ses vêtements qui sont dans de mauvais états, sûrement dû aux nombres de bagarres qu’il a dû faire.

« Hey, ça suffit, tu vas beaucoup trop loin. Ça te fait si plaisir que ça de parler de mal à un être défunt? »

Il me regarde avec un air dégouté et hautain, inutile à dire que je me sentais autant dégouté que lui et j’avais un peu peur, je ne suis pas fait pour me bagarrer moi… Je sentis une petite force qui tirait sur mon bras gauche, c’était Anna qui tenait la manche de mon uniforme. Elle avait peur.

« T’inquiètes, tout vas bien, viens, on s’en va, tu n’es pas obligé de t’embrouiller avec. »

Le jeune claqua de sa langue et nous laissa partir. Une fois dehors, Anna resta silencieuse. L’atmosphère était lourde, je ne savais pas trop quoi dire. Ce silence dura pendant quelques minutes.

« Félix… »

La voix d’Anna brisa ce silence, je me retourne vers elle et elle me regarda dans les yeux.

« Merci beaucoup… J’avais vraiment peur… Je ne savais pas quoi faire… »

Je voyais dans ses yeux qu’elle avait vraiment eu peur, mais peu à peu alors qu’elle s’excusait et me remerciait, cette peur se transforma en reconnaissance et soulagement. Quand elle eût terminé, le silence régna une fois de plus.

« Félix? »

Et une fois de plus, Anna brisa le silence.

« Oui? »

« On est vendredi n’est-ce pas? »

J’acquiesçai.

« Demain… Demain… Si tu n’as rien de prévu… Tu veux bien passer la journée avec moi? »

Je ne sais pas pourquoi, mais peut-être à cause de l’atmosphère calme, sa question ne m’avait pas surpris. Je lui donnai ma réponse avec une voix calme :

« Ça me ferait plaisir. »

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